Site du Mouvement Démocrate de Lot-et-Garonne
mardi 2 février 2010, par
Les Français sont nombreux à être rivés sur leurs acquis sociaux qu’ils considèrent comme acquis pour l’éternité, quelle que soit l’évolution du monde autour d’eux.
L’un des principaux tabous est l’âge légal du départ en retraite. C’est François Mitterand qui l’afixé à 60 ans le 1° avril 1983. Il y a quelques jours, Martine Aubry a brisé ce tabou en disant : « On doit aller très certainement, on va aller très certainement vers 61 ou 62 ans. » Cette position courageuse de la 1° secrétaire du PS a fait aussitôt l’objet d’une levée de boucliers. Le sondage BVA qui vient de sortir confirme cette réaction : « L’âge légal de la retraite à 60 ans reste intouchable pour plus de 6 français sur 10 et pour plus de 7 sympathisants de gauche sur 10. Les Français font bien la différence entre le droit et la réalité. Ils estiment qu’ils devront travailler au-delà de 60 ans pour bénéficier d’une retraite à taux plein –d’autres enquêtes l’ont démontré- mais ils ne veulent pas que l’on touche au symbole. Pour sauver le système des retraites, les Français préfèrent travailler plus longtemps que payer plus. Ils sont 51% à pencher pour l’allongement de la durée de cotisation contre 31% pour l’augmentation des cotisations (14% pour ni l’un ni l’autre). Cela est surtout vrai pour les sympathisants de droite (67% contre 22%). »
Un deuxième tabou est celui de la durée légale du temps de travail hebdomadaire fixée à 35 heures par les lois Aubry de 1998 et 2000. La durée légale est passée de 48 heures en 1848 à 40 heures en 1936, 39 heures en 1982 et 35 heures en 2002. L’idée était le partage du travail. Ce fût un leurre, car le salarié en poste ne gagnait pas moins en travaillant moins, ce qui ne permettait pas le vrai partage du travail. Celui-ci consiste à répartir la masse salariale globale en plus de personnes.
Un autre tabou est celui du « travailler plus pour gagner plus » avec les heures supplémentaires. Cette mesure de Nicolas Sarkozy d’octobre 2007 est basée sur une exonération modulée des charges sociales pour les entreprises et une exonération totale des charges sociales et d’une exonération d’impôt pour le salarié.
Ces trois tabous ont pour effet de protéger ceux qui ont un travail au détriment de ceux qui n’en ont pas. Fondamentalement, ce sont donc des acquis sociaux négatifs puisqu’ils excluent de nombreuses personnes de leurs avancées. Ainsi, la retraite à 60 ans alourdit le coût des retraites à verser, ce qui pèse automatiquement sur le coût du travail et donc sur le nombre de salariés à se partager la masse salariale globale. Les 35 heures ne sont pas du partage du travail mais un confort pour ceux qui en ont, ce qui occasionne un coût supplémentaire pour la collectivité. C’est donc un frein à l’embauche. Les heures supplémentaires favorisent aussi ceux qui ont un travail, mais empêchent le partage de ces heures avec ceux qui n’en ont pas. Ces trois mesures, dites sociales, sont en fait des mesures qui agissent contre l’emploi. Les victimes en sont essentiellement les jeunes qui intègrent plus tardivement le marché du travail et qui devront travailler plus longtemps que leurs aînés pour avoir une retraite plus modeste. Le vrai courage consiste à dénoncer ces tabous. Les défendre consiste à nier l’évolution et donc à entraîner simultanément des reculs sociaux pour une partie de la population. Il n’ya pas d’acquis éternels.
Jacques JEANTEUR, Conseiller Régional MODEM de Champagne Ardenne